Malgré les rumeurs annonçant un essoufflement du secteur numérique, celui-ci continuera sur sa lancée en 2024. C’est ce qu’indique une étude de Numeum, en partenariat avec le cabinet PAC. Certes, la croissance sera moins fulgurante qu’en 2022 et 2023, mais le marché progressera tout de même de 5% cette année. C’est moins que les 5,8% initialement prévus, en raison d’un ralentissement général de l’économie qui freine les commandes. Toutefois, le numérique restera un moteur essentiel malgré ce contexte attentiste. Une décélération générale, mais le numérique garde son dynamisme.
Une croissance inégale à travers les métiers du numérique
Le cloud et les ESN, fers de lance du secteur
Éditeurs/plateformes cloud et entreprises de services numériques (ESN) demeurent en pointe en 2024, tirés par la dynamique toujours intacte du cloud computing. Les plateformes cloud afficheront une croissance à deux chiffres de 9,6%, tandis que les ESN progresseront de 2,1%.
Pour les éditeurs/plateformes, cette vigueur découle de la transition massive et pérenne des entreprises vers le cloud. L’externalisation de leurs infrastructures et applications demeure une priorité, que ce soit pour des raisons de flexibilité, de réduction des coûts ou d’innovation. Le cloud constitue dès lors un relais de croissance solide.
Quant aux ESN, elles profitent de l’appétit renouvelé des entreprises pour l’externalisation de services numériques variés :
- Infogérance d’infrastructures cloud hybrides ;
- Développement d’applications cloud native ;
- Services managés de cybersécurité ;
- Projets de transformation numérique.
L’expertise pointue des ESN dans ces domaines en fait des partenaires privilégiés, dans un contexte où les enjeux de sécurité, d’agilité et d’optimisation restent primordiaux.
Ralentissement pour les activités de conseil
À l’opposé du cloud et des ESN, les activités de conseil en technologies (ICT) connaîtront un ralentissement plus marqué en 2024, avec une croissance limitée à 3,4%. Plusieurs facteurs expliquent ce tassement :
1️⃣ Des budgets IT sous pression
De nombreuses entreprises ont dû revoir leurs investissements IT à la baisse face à un contexte économique morose. Les budgets se sont tendus, impactant directement les dépenses en conseil et services IT.
2️⃣ Des projets reportés ou gelés
Dans la foulée, certains projets de transformation numérique ont été reportés ou gelés, faute d’enveloppe budgétaire suffisante. Un frein pour les cabinets de conseil dont l’activité dépend de ces missions.
3️⃣ Un recours renforcé à l’externalisation
Pour compenser, les entreprises se tournent davantage vers des solutions externalisées, comme le cloud ou les services managés des ESN, jugés plus économiques que le conseil ponctuel.
4️⃣ L’essor des solutions Low Code/No Code
Parallèlement, la démocratisation des plateformes Low Code et No Code permet aux entreprises de développer en interne des applications métiers sans l’aide de consultants.
Malgré ces vents contraires, les cabinets de conseil IT les plus agiles ont su s’adapter :
- En élargissant leur offre de services (cybersécurité, IA, etc.)
- En se positionnant sur des missions de conseil stratégique à haute valeur ajoutée
- En proposant des formules de conseil externalisé sur le long terme
Un virage indispensable pour préserver leurs marges dans un environnement devenu nettement plus concurrentiel.
Les moteurs de croissance technologiques
Cloud, Big Data et cybersécurité, des marchés matures
Si le numérique dans son ensemble affiche tout de même des taux de croissance résolument vigoureux en 2024, certains secteurs d’activité bien établis continuent de tirer la locomotive.
À commencer par le cloud computing, poids lourd incontournable avec 39,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, qui progresse encore de 14,2% cette année. Une dynamique que vient renforcer l’adoption grandissante du cloud hybride et des services cloud natifs par les entreprises, à la recherche permanente de flexibilité, d’agilité et d’innovation.
Le Big Data confirme également son statut de marché stratégique avec une croissance soutenue de 16,8% (5,4 milliards d’euros). L’explosion des données générées par les entreprises, couplée aux nouveaux usages de l’analytique en temps réel et du machine learning, propulse ce secteur au rang d’enjeu central pour rester compétitif.
Enfin, la cybersécurité ne déroge pas à la règle avec 10,6% de croissance (7 milliards d’euros). Dans un environnement numérique devenu la cible privilégiée de cybermenaces toujours plus sophistiquées, se prémunir des risques cyber relève désormais de l’impératif pour toute organisation soucieuse de protéger ses actifs stratégiques.
L’IA générative et le numérique responsable, aux avant-postes
Si ces technologies bien ancrées continuent de tracer la voie, l’année 2024 verra émerger en force deux nouveaux marchés phares : l’IA générative, avec 35,7% de croissance projetée (2,8 milliards d’euros), et le numérique responsable, à 38% (1,3 milliard d’euros).
Le premier, porté par les récents progrès de l’IA dans le traitement du langage naturel et la création de contenus, suscite un enthousiasme démesuré. En témoignent les 70% d’entreprises qui y voient des opportunités d’amélioration de leurs processus, quand 50% estiment pouvoir en tirer de nouvelles sources de revenus. Seules 9% redoutent un impact négatif sur l’emploi à ce stade. Cette adoption fulgurante trouve un début d’explication dans l’intégration déjà massive de l’IA générative par 85% des acteurs de la filière numérique en 2023/2024.
Le numérique responsable, quant à lui, s’affirme comme un incontournable. 78% des entreprises comptent mettre en œuvre des actions en ce sens d’ici 2024, focalisées principalement sur les aspects environnementaux. Un enjeu éthique devenu business, puisque près d’une entreprise sur deux décroche désormais des projets autour de la RSE.
Tensions sur le marché de l’emploi
Une pénurie de compétences persistante
En dépit du ralentissement de la croissance, les tensions sur le marché de l’emploi dans le numérique ne faiblissent pas en 2024. La pénurie de compétences reste criante, alimentée par des besoins massifs en recrutement sur des profils à forte valeur ajoutée :
- Sécurité IT : experts cybersécurité, analystes SOC, etc.
- Cloud : architectes cloud, ingénieurs DevOps, etc.
- Data : data scientists, analystes big data, etc.
- R&D : développeurs logiciels innovants pour les éditeurs.
Plus précisément, la demande explose pour les profils confirmés voire seniors dans ces domaines d’expertise stratégiques. Leur nombre a bondi de 40% sur le 1er semestre 2024, signe de l’appétence des entreprises pour des talents chevronnés à même de piloter leurs projets les plus critiques.
Problème : cette raréfaction des ressources disponibles attise une bataille acharnée des talents parmi les recruteurs. Compétition que viennent réaffirmer les difficultés récurrentes des formations initiales et continues à produire suffisamment de viviers.
Un turnover élevé dans un marché hyper-concurrentiel
Le turnover demeure particulièrement préoccupant pour les entreprises du secteur. Ces 6 premiers mois de 2024 en donnent d’ailleurs une illustration frappante : 45% des collaborateurs ayant quitté leur société ont rejoint des clients et 43% se sont envolés chez des concurrents directs.
D’inquiétantes statistiques qui reflètent à quel point les pratiques de débauchage se sont banalisées. La guerre des talents fait rage et le nomadisme professionnel devient la norme au gré des offres alléchantes et opportunités de carrières réinventées.
Dès lors, la fidélisation et la rétention des talents s’érigent en défis majeurs pour les employeurs contraints d’innover en termes de rémunération, de management des carrières, de marque employeur attractive, ou encore d’intégration des nouvelles générations. Sans oublier la dimension de la qualité de vie au travail et du sens des missions, devenue indispensable sur ce marché de l’emploi exacerbé.
L’injonction est claire : s’adapter ou périr face à la pénurie. Car pour les entreprises en mal de ressources qualifiées, c’est là que se jouera leur compétitivité future.
Les 3 points clés à retenir :
- Malgré un ralentissement en 2024 (+5% de croissance), le numérique confirme son rôle moteur dans l’économie française, porté par les dynamiques du cloud, du Big Data, de la cybersécurité et des nouveaux marchés comme l’IA générative et le numérique responsable.
- Si les éditeurs, les ESN et dans une moindre mesure le conseil en technologies affichent encore une croissance solide, le secteur fait face à une pénurie de compétences techniques qui s’accentue et un turnover élevé dans un marché de l’emploi hyper-tendu.
- Dans ce contexte, l’IA générative et le numérique responsable représentent à la fois d’importantes opportunités de croissance mais aussi de profonds défis d’adoption pour les entreprises, tant d’un point de vue business qu’environnemental et sociétal.