Bien que les compétences techniques demeurent un prérequis incontournable, identifier les soft skills et la personnalité adéquates représente un enjeu stratégique des recrutements tech. S’il existe des traits de caractère rédhibitoires, nombre de « défaillances » peuvent néanmoins être nuancées. Nous dressons ici un panorama des 9 défauts à investiguer avec discernement chez un profil tech. Des imperfections qui, loin d’être rédhibitoires, éclairent au contraire les axes de progression à exploiter pour révéler pleinement le potentiel du candidat (personne n’est parfait !). Une grille d’analyse utile pour mettre en lumière les forces et les faiblesses de votre futur collaborateur.
1️⃣ L’obstination
Un profil tech obstiné peut, au premier abord, sembler contre-productif, enfermé dans ses positions et peu enclin aux compromis. Pour autant, à y regarder de plus près, cette détermination s’avère être un atout dans plusieurs situations.
Lors de désaccords techniques au sein d’une équipe par exemple, l’obstination permet de challenger des solutions considérées comme acquises. En effet, remettre en cause les orientations requiert une certaine force de conviction pour légitimer de nouvelles approches. De même, refuser les compromis techniques au rabais évite les dettes techniques difficiles à résorber par la suite.
De plus, cette ténacité se révèle précieuse pour surmonter les blocages inhérents aux projets technologiques complexes. Que ce soit en période de crunch ou lors de la résolution de bugs, l’acharnement du développeur obstiné lui permet de toujours trouver une solution, aussi imparfaite soit-elle.
Enfin, l’obstination peut accompagner une rigueur et un perfectionnisme bienvenus sur certains projets critiques : développement de logiciels embarqués, respect des process qualité, conformité aux réglementations…
Pour peu qu’elle soit contrebalancée par l’esprit d’équipe et l’écoute des alternatives, l’obstination d’un profil tech doit donc être abordée comme le revers d’une médaille aux indéniables atouts.
2️⃣ L’impatience
Un profil tech impatient peut sembler difficile à intégrer dans une organisation aux cycles de décision lents. Néanmoins, cette promptitude à agir recèle des bénéfices :
- Au sein d’équipes produit cross-fonctionnelles, l’impatience permet d’accélérer les prises de décisions et de raccourcir les délais de mise sur le marché.
- Dans le cadre de migrations technologiques ou de basculements d’infrastructure, l’impatience est un aiguillon qui pousse à opérer les changements sans tarder, évitant la procrastination.
- Sur les projets agiles, scrums ou kanban, l’impatience du lead tech confère le rythme itératif nécessaire au développement rapide de fonctionnalités.
Toutefois, pour optimiser cette impatience, un environnement flexible est requis :
- Des circuits de validation accélérés.
- Une culture d’entreprise orientée résultats.
- Un sens du compromis pour prioriser les fonctionnalités.
Canalisée à bon escient, l’impatience d’un profil tech passe d’un défaut rédhibitoire à une qualité permettant d’impulser une dynamique et des livraisons continues indispensables aujourd’hui.
3️⃣ La franchise
Là aussi, au premier abord, la franchise peut sembler déplacée, voire nuisible dans un environnement corporate. Pour autant, on observe que ce trait de caractère direct peut finalement être un atout pour un profil tech. C’est notamment le cas :
- Lors des réunions de cadrage avec les équipes métiers, la franchise permet de challenger sans détour le périmètre fonctionnel et de poser les limites techniques du projet. De même, elle favorise la transparence sur les arbitrages à opérer en termes de ressources et de délais.
- Dans les phases de conception technique, la franchise encourage l’expression de désaccords et évite les phénomènes de pensée de groupe autour de solutions sous-optimales. Elle stimule ainsi l’innovation par un flux constant d’idées nouvelles.
Cela dit, pour optimiser les bénéfices de cette franchise et éviter les dérives, le profil tech doit faire preuve de pédagogie dans ses explications techniques et de diplomatie dans sa communication.
Surtout, la franchise nécessite d’apprendre à formuler les messages difficiles avec empathie et sens du compromis. Nuancée par ces soft skills complémentaires, la franchise du profil tech gagne alors en influence positive.
4️⃣ Le manque d’expérience
Plutôt que de disqualifier d’office un profil tech au potentiel prometteur sous prétexte d’un manque d’expérience dans certains domaines (gestion d’équipe, cybersécurité…), les recruteurs gagnent à envisager cet écueil comme une opportunité de développement.
En effet, un profil junior au fait des dernières avancées techniques représente un atout majeur pour opérer les migrations technologiques régulières, indispensables pour rester compétitif.
De plus, en confortant ce talent dans un poste où bénéficiant de l’accompagnement de référents experts, son intégration en sera facilitée. Dans un environnement propice aux échanges et à la formation continue, le profil junior grappillera alors rapidement en autonomie.
Par ailleurs, responsabiliser progressivement ce collaborateur sur des missions plus stratégiques constitue un facteur puissant de rétention des talents et d’apprentissage du leadership.
Ainsi, le manque d’expérience initial ne doit pas masquer des personnalités prometteuses. Il s’agit là au contraire d’une invitation à investir sur des potentiels, futurs experts et encadrants, moyennant un accompagnement adéquat.
5️⃣ Le défaut de vulgarisation
Un profil tech trop pointu, ne vulgarisant pas spontanément ses expertises, peut aussi sembler incompatible avec le travail au sein d’équipes pluridisciplinaires. Pourtant, cette maîtrise technologique de pointe constitue évidemment un atout pour la conduite de projets complexes ou innovants qui nécessite une compréhension fine des briques technologiques.
De plus, bien accompagné, ce profil sera à même de former les autres développeurs à des concepts avancés, faisant ainsi progresser le niveau collectif de l’équipe technique.
Et sa vision experte lui permettra également d’anticiper certains écueils, et de proposer des optimisations que des profils moins aguerris n’auraient pas envisagées.
Mais, pour pleinement exploiter l’expertise de ce profil tech en interne, tout l’enjeu consiste à élaborer un environnement facilitant les échanges.
6️⃣ L’ambition
Loin d’être un travers rédhibitoire, l’ambition affichée par un profil tech doit être analysée comme un moteur de progression continu.
En effet, ce désir de monter en compétences et en responsabilités le poussera naturellement à diversifier ses expériences pour élargir son périmètre de contributions. Qu’il s’agisse d’approfondir ses expertises sur les technologies de pointe du moment, de se frotter à des projets aux problématiques inédites ou encore de s’initier aux rouages du management d’équipe, son ambition suscitera une polyvalence fertile en innovations.
Surtout, conserver en interne ce collaborateur prometteur en lui offrant des perspectives d’évolution motivantes sera un gage de cohésion pour l’ensemble des équipes tech. Celles-ci trouveront dans la trajectoire inspirante de leur pair un encourageant témoignage de l’épanouissement professionnel permise par la structure.
Certes, il conviendra de tempérer cette ambition par la définition d’objectifs intermédiaires cohérents avec les maturités croissantes du talent. Mais en ouvrant ainsi le champ des possibles, on transformera son ambition brute en puissant accomplissement.
7️⃣ Le défaut de priorisation
Certains profils tech, dotés d’une insatiable curiosité les portant à entreprendre de multiples activités en parallèle, peinent à demeurer focalisés sur leurs tâches prioritaires. Malgré tout, ce tempérament explosif fait preuve d’un appétit constant d’apprendre et d’inventer, pouvant s’avérer extrêmement fécond au sein d’une équipe agile.
En effet, ce tempérament fait preuve d’une curiosité permanente qui l’incitera à explorer spontanément des pistes innovantes, sans auto censures liées à des impératifs de livrables immédiats. Par ses investigations transverses, il apportera un éclairage précieux sur les briques technologiques émergentes ainsi que sur les meilleures pratiques en termes d’architecture ou d’UX design, par exemple.
De plus, sa versatilité sera un atout pour remplacer temporairement un collègue absent et assurer la continuité de service sur différents projets. Sa polycompétence issue de ce foisonnement d’activités fait ainsi office de variable d’ajustement au sein de l’équipe tech.
Bien sûr, ce profil à l’esprit vagabond devra être encadré par un lead tech organisé, qui se chargera de recentrer ses explorations en fonction des priorités. Mais ainsi canalisée, cette curiosité débridée qui le définit constitue une chance pour stimuler l’innovation par un flux permanent d’idées neuves.
8️⃣ Émotivité
La sensibilité exacerbée confère au profil tech émotif une empathie très aiguisée dans ses relations aux utilisateurs et aux membres de l’équipe. Il comprend ainsi finement les frustrations rencontrées par les employés face à certains outils ou processus. De même, il saisit en profondeur les irritants des parcours client.
Fort de cette intelligence émotionnelle, il devient un redoutable avocat de l’expérience utilisateur, qu’elle soit interne ou externe. Ses plaidoyers enflammés en faveur d’une meilleure ergonomie des interfaces ou d’une simplification des tickets contribueront à l’adoption des solutions développées.
Bien sûr, dans les contextes de forte pression, ce profil émotif devra être épaulé pour ne pas laisser ses affects prendre le dessus. Mais qu’on lui offre un environnement de travail psychologiquement sûr, et sa sensibilité exacerbée se muera en atout majeur d’empathie.
9️⃣ L’anxiété
Au-delà d’un certain seuil, l’anxiété d’un profil tech peut paraître paralysante, et contre productive dans un environnement exigeant. Pour autant, à dose modérée, cette disposition recèle deux avantages insoupçonnés.
D’une part, ce trait de caractère confère au profil tech une propension à anticiper un large spectre de problèmes potentiels. Qu’il s’agisse de failles de sécurité, de bugs, d’incompatibilités matérielles ou d’erreurs d’usage, son imagination féconde envisage de multiples sources d’échecs.
Cette clairvoyance, loin de le tétaniser, le pousse au contraire à adopter des démarches de conception préventive et des mesures de précaution qui fluidifient largement le déploiement des solutions.
D’autre part, cette tendance à l’inquiétude permanente le rend également plus réactif et vigilant une fois le produit lancé. Sa crainte d’incidents le conduit à instrumenter finement les systèmes pour détecter tout comportement anormal et déployer des correctifs rapides.
La remise en question des défauts en recrutement
Parmi les recruteurs, l’approche traditionnelle par les défauts des candidats fait débat actuellement. En cause : une standardisation accrue des profils, aux parcours plus rectilignes et mieux préparés aux entretiens d’embauche, qui masque les aspérités de personnalité. En outre, dans un marché de l’emploi tendu, certains estiment contre-productif de prendre le risque de refuser des talents déjà difficiles à attirer.
De plus, cette focalisation sur les manques pourrait s’avérer contre-productive. En effet, les psychologues soulignent qu’une attitude empreinte d’empathie, valorisant les atouts uniques de chaque individu, favorise plus sûrement l’épanouissement professionnel, gage à la fois de bien-être et de productivité accrue.
Pour autant, si elle peut paraître intrusive et déstabilisante pour le candidat, cette investigation des défauts demeure un exercice qui a fait ses preuves pour challenger un profil, le confronter à ses axes de progression et observer sa réaction face à la critique.
À condition bien sûr de rester centré sur l’humain dans son ensemble plutôt que sur ses lacunes. Car ce sont avant tout ses appétences et sa capacité d’apprentissage qui rendront un collaborateur épanoui et performant sur le long terme au sein de l’équipe.
Les 3 points clés à retenir :
- Certains défauts de profils techniques, loin d’être rédhibitoires, peuvent être relativisés comme le revers de qualités ou un terrain propice au développement personnel.
- Accompagner la progression du collaborateur sur ses axes d’amélioration en lui fixant des objectifs intermédiaires stimulants s’avère plus prometteur que de le disqualifier.
- Plutôt que de sanctionner les lacunes, il importe de cultiver les forces uniques de chaque individu afin de révéler son plein potentiel au sein de l’équipe.
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